Contemplation
Les tableaux de Djina Chemtov sont empreints d’une beauté étrange, profondément poétique. Ils sont centrés sur le regard, le regard d’une femme avec un visage effilé, avec de grands yeux noirs en amande, pensifs, évocateurs de souvenirs, porteurs d’une mémoire séculaire, avec la tête légèrement penchée sur l’épaule comme dans une position d’attente, de prière, de contemplation.
L’œuvre de Djina Chemtov se situe à la convergence de plusieurs traditions, au croisement d’influences les plus anciennes, archaïques même, comme celles de la peinture rupestre ou des primitifs byzantins, et de tendances propres à la peinture occidentale de la modernité, de Botticelli à Gauguin.
Les nus de Djina, pris comme dans un mouvement interrompu, inachevé, évoluent dans une grâce intemporelle.
L’écriture de Djina -car comment désigner autrement un travail réalisé à l’encre de typographe sur papier- est tout à la fois poétique et philosophique.
De ses personnages émane une beauté mystérieuse qui semble venir de contrées lointaines. Dans leur mutisme, ils sont comme plongés dans une réflexion philosophique profonde. Leurs dialogues sont empreints de gravité, ils s’interrogent sur le pourquoi de l’être, sur le bien et le mal. Leurs regards, figés dans le désir et la tristesse, ne se croisent jamais.
Comme un fil qui se renoue après plusieurs décennies, Djina nous restitue peut-être, inconsciemment, les quinze dessins perdus que Modigliani a faits d’Anna Akhmatova.
-Marc Sagnol


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